Bienvenus sur le blog « Les Picard sur La Méduse »

Mis en avant

A l’occasion de la commémoration du deux-centième anniversaire du départ de la frégate La Méduse du port de Rochefort et de sa perte sur la côte occidentale d’Afrique, les descendants d’un passager dénommé Charles Picard se réunissent pour la première fois.
Ce Blog a pour objectif de servir de lien entre les présents ou sympathisants.
Il vous transmettra :
– Les informations pratiques ayant trait au rassemblement.
– Les connaissances dont nous disposons sur la fin de la Méduse.
– Les précisions sur la généalogie familiale que nous sommes en mesure de fournir.

Nous attendons vos réactions et vos contributions en particulier sur les énigmes qui persistent sur nos ascendants.

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Rencontre avec Micheline Meyer

Par Bernard Ducros

Yves Allard et Bernard Ducros ont été très heureux de recevoir à Gradignan Micheline Meyer, calédonienne de la branche Caroline, venue de Nouméa pour parcourir l’Europe et retrouver sa parenté. Ceux qui suivent le blog se souviennent de Catherine, notre généalogiste appréciée de tous, Micheline est sa mère.

Nous avons longuement échangé nos témoignages concordant sur la famille mais aussi écouté avec attention notre interlocutrice exprimer son point de vue sur l’avenir du « caillou » auquel nous sommes restés attachés.

Exposition « L’Afrique des routes »

Si vous êtes à Paris ou de passage, nous vous proposons la visite de l’exposition « L’Afrique des routes », au Musée du quai Branly Jacques Chirac, où se trouve une reproduction de la frégate La Méduse réalisée par l’artiste africain Yinka Shonibare Mbe (2008), jusqu’au 12 novembre.


(Cliquez sur la photo pour voir une vidéo sur l’exposition)

Le blog « Méduse Picard » toujours ouvert

Par Bernard Ducros

Voilà un peu plus d’un an nous étions réunis à Rochefort pour une rencontre qui fut l’occasion de contacts et d’échanges d’une qualité exceptionnelle. Restent des souvenirs encore bien vivants mais néanmoins condamnés à subir l’érosion du temps. Pour éviter l’oubli fatal, il nous faut poursuivre nos échanges, nous informer de nos projets, et nous retrouver périodiquement.
Le blog à qui l’on doit, pour une part importante, la réussite de notre entreprise s’impose comme porteur de notre ambition. Il nous faut le faire vivre.cousinade2016Espérons que nous aurons à véhiculer des nouvelles heureuses mais nous devrons aussi partager la peine et la douleur des membres de notre communauté familiale. Ainsi c’est par cette voie que nous vous faisons part du décès de deux cousins de la branche Caroline:

Michel Bonduelle, entré dans notre cercle familial par son mariage avec Françoise Marot dit My. Françoise, souvenez vous, nous a fait connaître le beau poème de Charlotte sur l’ile de Safal avec sa voix pathétique si bien placée qui nous a émus jusqu’aux larmes. Elle était accompagnée à la harpe par sa fille Sophie.
Michel, pour ceux qui ont eu le bonheur de le bien connaître, était toujours souriant, gai et affable. Son humour bienveillant, en constant éveil, rendait nos rencontres vivantes et combien plaisantes.

Elisabeth Bernier tient une place particulière dans notre communauté, elle y était porteuse de la tradition familiale dans la lignée de son père Julien, et assurait la garantie de sa pérennité par la grande famille dont elle est la tête de file, appréciée de tous, petits et grands. Son sourire éternel et accueillant traduisait l’amour qu’elle portait à ceux qui l’approchaient. Elle aimait la vie et pourtant elle nous a quittés apaisée et sereine.

Aujourd’hui, nous participons à la peine que ressentent leurs proches. Quand le temps aura estompé leurs images, restera le témoignage de leur appartenance à notre grande famille. A nous d’en garantir la connaissance et la survie.

Journal d’un rescapé, de Charles-Marie Brédif

Le journal tenu quotidiennement par Charles-Marie Brédif, naufragé avec la famille Picard, vient de paraître dans la collection « petite bibliothèque Payot », éd. Payot & Rivages. Ce livre comporte aussi 2 lettres écrites à sa soeur, déjà publiées sur internet (à lire ici), et les instructions données à CMB pour l’exploration du Sénégal, ainsi que la notice nécrologique publiée par l’Ecole des Mines. (Marie Brédif)

Éditeur : Payot
Collection : Petite bibliothèque Payot
Publié le : 03 mai 2017
ISBN : 978-2-228-91820-6
Thème : Sauvetages et naufrages
Reliure : Broché
Description : 250 pages; (17 x 11 cm)

« L’histoire du radeau de la Méduse » revue par VISITES PRIVÉES (France 2)

L’émission « Visites Privées », présentée par Stéphane Bern sur France 2, avec une équipe de reporters-chroniqueurs, dévoile les trésors et les coulisses du patrimoine et de ses institutions. Chaque jour il propose d’explorer une grande thématique pour découvrir autrement nos monuments, de revisiter le fonctionnement de nos institutions les plus prestigieuses, ou de révéler la face cachée de personnages illustres.

Lundi, 6 mars 2017, à 16:20 Alexandre Halimi a raconté « l’histoire du radeau de la Méduse »:

A la mode du pays (et II)

Par Bernard Ducros

Cette deuxième partie traite des liens de « à la mode du pays » et nos centres d’intérêt.

La chaumière africaine vue par Sylvain Sankalé
Il porte sur l’ouvrage de Charlotte un regard inattendu. Laissons-lui la parole.

« Enfin, Charlotte Adélaïde Picard a laissé un récit touchant du naufrage et de cette marche forcée à travers le désert pour rejoindre le fleuve, dans un charmant ouvrage paru à Dijon en 1824 sous le titre de la Chaumière africaine et dans lequel elle a eu la grande délicatesse d’exprimer sa grande gratitude pour l’accueil que ma famille et moi-même leur avons réservé ».

Le terme charmant peut surprendre pour qualifier la triste destinée des Picard au Sénégal. A la réflexion il parait bien fondé, mettant en relief une certaine candeur des deux jeunes filles confrontées sans ménagement à des évènements et situations hors du commun.

La place de nos ascendants
La perspective historique dans laquelle s’inscrit Sylvain Sankalé est plus large que notre chronique familiale. Du fait de ce décalage d’échelle, l’ouvrage confirme les faits que nous connaissons, mais ne nous apporte pas d’éléments nouveaux.
Par contre, il décrit l’état de dénuement dans lequel l’état français a laissé sa colonie, budget étriqués, promesses oubliées, retard considérable dans l’exécution des engagements, inconstance des orientions… Ce descriptif sans concession peut expliquer, en partie, les difficultés et les malheurs que nous relate la Chaumière Africaine. En ce sens, la lecture attentive de Sylvain Sankalé complète et éclaire le plaidoyer de Charlotte Picard.

Les points de rencontre des deux ouvrages
Les récits du naufrage, et des tentatives de sauvetage sont concordants. Charles Picard y trouve sa place même si cette dernière est moins en relief que dans la Chaumière. Normal, il n’était investi d’aucun pouvoir. Par contre il montra sa détermination et sa force de persuasion pour sauver sa famille nombreuse combien vulnérable. Il eut la confiance de l’estimé Blanchot qui en 1800 lui donna mission de faire prendre conscience au ministère de tutelle du dénuement de la colonie. Le jugement sur la mission est assez clair : Il

« revint avec la seule satisfaction d’avoir obtenu de procéder à une mission d’exploration dans la vallée du Sénégal qui lui tenait à cœur. Cette mission se soldat d’ailleurs par un échec… »

Il est cité, également, quand en 1809, lors d’un précédent séjour, il est amené à cosigner le traité de capitulation face aux anglais en tant qu’Officier de justice de la colonie.
L’auteur fait vivre de très nombreux personnages impliqués dans les évènements qui nous intéressent. Impossible de les énumérer ici. Contentons, nous, de deux d’entre eux. Les plus passionnés se référeront à l’ouvrage dans son intégralité.

Deux personnages centraux de la tragédie :
Le commandant de la Méduse Le Roy de Chaumareys qui s’était fait apprécier par la monarchie du fait de son exil dès les premières heures de l’empire et de sa participation à l’opération de Quiberon jugée héroïque. Bénéficiant de l’amnistie octroyée par Napoléon, il entre dans une phase de dormance en France. Il en sort avec le retour de la monarchie pour faire valoir ce qu’il pense être ses droits, un grade et un commandement. Il ne réussit que trop dans ses démarches et prend donc le commandement du convoi mené par la Méduse en partance pour Saint-Louis. Curieusement, il a conscience de ses carences mais laisse le soin de diriger le bateau à un inconnu aussi incompétent que lui plutôt qu’à ses officiers du bord. Pour le plus grand nombre acquis à l’empire, la communication entre eux et le capitaine était, pour le moins, difficile. Suit l’échouage et les conséquences que l’on connaît. Le verdict du procès faisant suite au naufrage peut être qualifié de léger mais cependant il en sort traumatisé pour le reste de son existence passé dans son château entouré de l’opprobre de ses concitoyens.
Le deuxième personnage portant une lourde responsabilité est le colonel Schmaltz nouveau gouverneur du Sénégal qui a joué de son autorité pour faire prendre des décisions néfastes répondant au souci qu’il avait de sa nouvelle fonction et non à la sécurité des naufragés. L’ouvrage de Sylvain Sankalé répond à deux questions : pourquoi la nomination de ce militaire et qu’en est-il advenu de sa mission.
Le colonel portait l’image d’un homme énergique et expérimenté, réputation acquise lors de missions dans les colonies néerlandaises de Bornéo, citées comme exemplaires et par la suite en Guadeloupe. En outre les étiquettes de bonapartiste ou royaliste ne l’embarrassaient guère Il quitta la Guadeloupe bonapartiste et accosta en France monarchiste. Le gouverneur qu’il fut de 1816-1821 tentât bien de transposer au Sénégal l’organisation économique qu’il avait connue. Il lui a manqué la juste perception des potentialités de cette région d’Afrique ainsi que la capacité de bousculer une organisation archaïque du commerce dominée par de puissants négociants, en particulier en ce qui concerne le circuit de la gomme, deuxième activité après la traite des noirs. Il fut pour finir licencié par Portal, nouveau ministre de la marine, qui avait une opinion très sévère sur son projet jugé utopiste et sur sa méconnaissance du territoire dont on lui avait confié la gestion.
Sans doute ces critiques étaient-elles fondées mais il faut craindre, en cette période de rigueur budgétaire, que l’état cherchait avant tout à remplir ses caisses. Ainsi il était demandé par le gouverneur un budget de 2.000.000 de Francs pour réaliser son projet alors que le ministère de tutelle ne lui en accordait que 1.200.000.

Deux ascendants présents dans l’ouvrage :
Deux personnalités en lien très direct avec notre famille tiennent une place particulière dans cette fresque historique. Il s’agit des deux amis fidèles de Charles Picard devenus les maris de Charlotte et de Caroline : Jean Dard et Claude Richard.

Claude Richard
Sa carrière brillante de jardinier-botaniste était déjà entamée quand il aborde les côtes d’Afrique en juillet 1816 après une traversée sans histoire sur la Loire, navire du convoi sensé être mené par la Méduse.

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Baron Roger

Il fut associé aux efforts du Baron Roger pour mettre en place une économie agricole adaptée au pays dont les deux objectifs étaient d’améliorer les conditions de vie des agriculteurs africains et fournir des ressources à l’état français dont les besoins étaient pressants. Claude Richard s’est vu confier la création d’un jardin botanique dont la mission était d’étudier l’adaptation des différentes plantes autochtones ou importées à l’environnement africain et de préconiser les techniques culturales adaptées. Il a laissé un souvenir très apparent au Sénégal, le lieu où il a œuvré portant le nom de Richard Toll ,( Le jardin de Richard en ouolof). C’est aujourd’hui une région horticole et une ville en croissance. Quel bel hommage ! Richard Tool est situé dans la vallée du fleuve Sénégal au niveau de Saint-louis, (région du Oualou). Il s’agit d’un site caractérisé par une faible pluviométrie. « A la mode du pays » donne de nombreux et forts intéressants détails sur le projet du Baron Gérard, homme passionné et gouverneur entreprenant en tous domaines. Le projet cohérent du gouverneur Roger a malheureusement abouti de la même façon que les autres antérieurs. C’est-à-dire, changement de ministre en France, changement de politique au Sénégal et nouvelle nomination. Le Baron Roger, sentant les critiques monter, devance le ministre et démissionne pour mieux défendre sa vision du développement de la colonie. Le bilan établi reconnait des réalisations indéniables ternis par les abus perpétrés dans l’environnement du gouverneur. Certains chefs locaux du Oualou attachés à leurs pratiques ancestrales, marquent leur hostilité en détruisant des installations d’irrigation couteuses.
Le nouveau gouverneur Brou dans son rapport de prise de fonction conclut que le projet ambitieux du Baron Roger est utopique et rejeté par ceux-là même qu’il est sensé satisfaire. A Paris il est décidé de revenir à des objectifs sans ambition et de maintenir au Sénégal que des comptoirs à objectifs uniquement commerciaux. Décision désastreuse bien qu’elle fut largement approuvée par la population locale. Ce commerce était assis sur des bases archaïques, la traite dont la fin était enfin programmée et la gomme arabique production sans avenir du fait de la concurrence et des avancés technologiques faisant apparaître des produits de substitution. La globalisation terme qui nous est devenu familier était en marche.
Claude Richard conscient de la précarité des réalisations aux quelles il s’est consacré, jette l’éponge. Sylvain Sankalé exprime ainsi son désenchantement :

«En septembre 1827, Richard, dégouté du Sénégal, partit en congé de convalescence, avec la ferme intension de ne plus y revenir. J’ai appris depuis qu’il avait en définitive continué sa carrière à l’ile Bourbon où il s’est installé en1830».

Il fut suivi par le reste de ses collègues.

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Le fort de Richard-Toll, au confluent du Sénégal et de la Taouey ( 1890)

Jean Dard
L’ouvrage qui retient notre attention consacre une part importante à l’éducation et tout naturellement Jean Dard, ascendant de la branche Charlotte, y a sa place.
Débarqué en 1816 à Saint-Louis, il en fut le premier instituteur.
L’enseignement coranique en place était particulièrement inefficace. Il consistait en la répétition sans les comprendre des versets du coran qui plus est en arabe, langage très mal maîtrisé par les enseignants eux-mêmes. En outre seuls les garçons méritaient d’être éduqués.
Jean Dard, était porteur de deux idées neuves :

  • la nécessité se démultiplier l’efficacité des enseignants par une organisation basée sur les meilleurs élèves agissant en appui auprès de leur condisciples moins avancés (méthode anglo-saxonne Bell et Lancaster expérimentée aux Indes dite de l’enseignement mutuel)
  • dispenser l’enseignement en s’appuyant sur une langue couramment utilisée par les élèves, en l’occurrence l’ouolof.

Ses opposants nombreux, considéraient que la langue locale non écrite était l’image de l’infériorité des autochtones sénégalais. Jean Dard plaidait, lui, l’égalité des capacités des blancs et des noirs et démontrait la possibilité de faire du ouolof une langue écrite en créant un dictionnaire ouolof et une grammaire bambara.
La contestation des méthodes Dard était portée par les représentants de l’église catholique. Faute d’être soutenus par une société peu pratiquante et de ce fait d’avoir la capacité de jouer un rôle dans l’éducation. Ils trouvaient là l’occasion de s’exprimer.
Un dénommé Giutelli, ex préfet apostolique du Sénégal qui avait des comptes à régler avec la colonie, suite à son expulsion par le Gouverneur Schmaltz le 17 avril 1817, moins d’un mois après son arrivée, mena une campagne diffamatoire contre Jean Dard, allant jusqu’à l’accuser d’avoir épousé Charlotte Picard pour se faire une vertu et faire oublier sa liaison avec une femme africaine et l’existence d’un fils né de cette union. Profondément choqué il rentra en France pour raison de santé. Au cours de ce séjour il lui fut signifié son licenciement par le ministre avec l’assentiment du Baron Roger. Ces dispositions expliquent le repli en Bourgogne du couple Dard de 1820 à 1832.
Durant son absence d’incessants changements de politique d’éduction et de personnel aboutissent à la réinsertion de Jean Dard en 1832. Malheureusement son décès inopiné le jour de la rentrée scolaire de 1833 marque la fin de sa mission et le retour aux éternelles tergiversations.

« A la mode du pays » et notre histoire familiale
Pour ma part, j’ai lu et relu cet ouvrage avec une certaine avidité tellement il m’a captivé. J’ai quitté le Sénégal à l’âge de 15 ans et suis resté très attentif à ce qui s’y passe. Il me manquait des informations sur le substrat historique. C’est ce que Sylvain Sankalé m’a apporté avec talent. Un regret, c’est qu’il n’ait pas poursuivi son analyse jusqu’à l’époque actuelle
Je conçois que les attentes des lecteurs assidus du Blog soient différentes.
Il s’agit d’un ouvrage qui couvre une période beaucoup plus importante que la phase africaine de la lignée Picard. Il s’agit aussi d’un ouvrage qui rentre dans le détail des règles de fonctionnement de cette société associant le cadre coutumier et le cadre légal. Il va donc au-delà de notre attente.
Par contre il place bien l’aventure africaine des Picard dans son contexte. Il parait également utile à ceux, qui féru d’histoire, cherchent à approfondir leurs connaissances. Ils ont là un gisement d’informations dont chaque veine correspond en soit à un sujet particulier (économie, droit, justice, religion, coutumes, éducation…).

À la mode du Pays (I)

Par Bernard Ducros

À la mode du pays 1 Cet ouvrage de Sylvain Sankalé nous a été recommandé par Marie-Noël Guénon. Il a été signalé dans le blog et à cette occasion Catherine Puzo demandait s’il comportait des précisions sur la famille Picard pouvant nous éclairer dans nos recherches. Avec retard je vais tenter de lui répondre. Retard dû à l’attente d’une réédition et au délai nécessaire pour assimiler 375 pages riches en informations et en réflexions.

La présentation de l’ouvrage comportera deux parutions. La première traitera de l’ensemble du document, la deuxième des aspects liés aux Picard et à « La chaumière africaine ».

Un ouvrage original
L’ouvrage est en premier lieu original dans sa conception. Thèse de doctorat transposé en en un traité d’histoire lui-même inséré dans un récit familial. Il s’agit du parcours africain de l’ancêtre de Sylvain Sankalé qui a débarqué sur l’île de Saint-Louis le 2 mai 1788. Il ne le savait pas encore, c’était un aller sans retour.
Le récit familial donne le tempo et permet de placer l’auteur en position de témoin averti. Tous les sujets sont développés au rythme où l’acteur du récit les aborde. Ce procédé rompt la monotonie qui pourrait résulter de la lecture d’un manuel ou un traité d’histoire.
Le titre un peu racoleur, évoque les mariages temporaires souscrits par des européens avec des africaines au cours de leurs séjours solitaires en Afrique. J’en connaissais l’existence, par contre je n’en soupçonnais ni la généralisation ni le caractère formel. Ces mariages restaient en marge des règles et lois françaises. L’auteur en révèle les conséquences dans le compte-rendu du procès pour déterminer les droits de la compagne africaine de son ascendant et de ses filles, suite à son décès.
On peut aussi penser que le terme « mode du pays» couvre, d’une façon plus large, les règles spécifiques au Sénégal, toujours en place, et se juxtaposant avec celles du colonisateur européen.

Le contenu de l’ouvrage
Réduire la portée de ce livre à ces épisodes comme l’incite le titre, serait une erreur. Il s’agit, en fait, d’un panorama complet et détaillé de la période charnière de l’histoire du Sénégal que fut la fin du dix huitième et le début du dix neuvième siècle, de 1788 à 1835 précise l’auteur, couvrant donc 47 années. Une histoire complexe à l’image de la France à la même époque. Aux incertitudes et aux fluctuations métropolitaines s’ajoutent les contingences locales dont les principaux facteurs furent :

  • La juxtaposition de la rigidité de l’administration française et une organisation tribale en place aux contours difficiles à cerner et prête à tirer partie des dissensions des européens.
  • La précarité créée par les voisins mauritaniens aux traditions guerrières et réputés esclavagistes dangereux. Ils s’immisçaient dans les querelles locales et les razzias menées en territoire Sénégalais étaient redoutées.
  • Le conflit permanent plus ou moins armé avec l’Angleterre, toujours présente et prête à exploiter nos faiblesses en particulier en ce qui concerne le respect des engagements portant sur l’abolition de l’esclavage.
  • La mutation difficile d’une économie purement marchande vers une économie à visée colonisatrice. Cette mutation s’avérera au dessus des moyens d’un état appauvri par les années de révolution et de guerre.
  • La mise en œuvre chaotique de l’abolition de l’esclavage, commerce odieux mais tellement facile et fructueux pour tous, fournisseurs (notables locaux), et acheteurs (commerçants européens). Le remplacement de ce commerce par des activités assurant à la fois l’essor de la colonie et les profits attendus pour redresser les finances publiques de la métropole ne fut pas un succès. Les raisons de cet échec sont multiples. Citons-en, pour simplifier, deux : la sous évaluation des difficultés à s’implanter à l’intérieur du pays, préalable nécessaire, et la méconnaissance par les décideurs nationaux et locaux du contexte sénégalais et des potentialités de cette portion d’Afrique. La fonction de gouverneur n’attirant guère des postulants capables, il s’en est suivi une succession de personnages jugés médiocres qui ne trouvent pas grâce aux yeux de l’auteur, à l’exception du colonel Blanchot (1789-1790 et 1802-1807) et en partie du Baron Roger(1821-1827).
    Le gouverneur Roger fut le seul à avoir une vision à la fois ambitieuse et réaliste de l’avenir de la colonie. Le seul également à avoir la volonté de mener au bout les réformes nécessaires. Il ne fut pas suivi par le ministre Chabrol et il préféra démissionner. D’aucuns font une analyse moins flatteuse de l’œuvre du gouverneur entachée par de nombreuses irrégularités perpétrées par son entourage. Ainsi d’inconstances en abandons, nous arrivons à la fin de la période traitée dans l’ouvrage de Sylvain Sankalé. Elle laisse présager des moments difficiles. La colonie réduite au simple rôle de comptoir commercial sans avenir car bâti sur des bases archaïques et dépassées la traite des noirs et de la gomme arabique. Nous aurons à y revenir.

UNE SUITE
L’histoire relatée est donc sensée prendre fin avec la mort de l’ancêtre de Sylvain Sankalé dont la vie a servi de fil conducteur tout au long de l’ouvrage. En réalité, une note complémentaire nous accompagne jusqu’en 1854, date de la nomination au poste de Gouverneur d’un jeune capitaine du génie nommé Faidherbe en poste à St Louis depuis 1852. Au cours des 20 ans écoulés entre 1835 et 1854 les tergiversations et les erreurs d’orientation déjà dénoncées ne font que s’accentuer Un indice, on décompte au cours de cette période plus de 20 gouverneurs titulaires ou intérimaires ! Cependant, commence à poindre un espoir. Nécessité faisant loi, les recherches de débouchés nouveaux reprend et aboutissent, fait notable, à l’acclimatation d’une plante oléagineuse venue des Indes : l’arachide, promis à un bel avenir.
L’année1854 marque une véritable césure. Les 10 ans de la gouvernance Faidherbe en deux périodes (1854-1861 et 1863-1865) apportent une cohérence de comportements mais en contre partie donne prise à la critique sur les finalités poursuivies. C’est là un nouveau débat auquel il ne nous appartient pas ici de prendre part.